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« Mais différemment… » – Camille 19 ans – Témoignage

Sur le forum d’Infirmiers.com, Camille raconte, avec beaucoup d’émotions, comment s’est passé son premier
stage… Celui qui a brisé quelque chose au fond d’elle…
Camille, étudiante en soins infirmiers, a vécu un stage qui a tout changé…

Je m’appelle Camille, j’ai 19 ans et aujourd’hui j’ai décidé de briser le silence.

Septembre 2013 : Je suis sur liste complémentaire.

Deux jours après la rentrée, l’IFSI m’appelle, un désistement, je suis prise. Après deux mois d’attente et de stress c’est avec un énorme soulagement et les larmes qui coulent sur mes joues que je crie un « oui » dans le téléphone. Alors il faut tout préparer, imprimer les papiers, prévenir la famille de la bonne nouvelle et puis partir à une heure de chez soi, démarrer une nouvelle vie seule, avoir son appartement, son indépendance. Le rêve de quasiment tous les jeunes de 18 ans, on ne va pas se mentir. Le lendemain, un mercredi, je fais donc ma rentrée en institut de soins infirmiers. Heureuse ça oui, c’était tout ce que je voulais. Les jours passent, je rencontre de nouvelles personnes, je me fais des amis, je vis ma vie. Je découvre une nouvelle ville, un nouveau monde. Le monde étudiant. Avec sa certaine insouciance, ses soirées et puis cette liberté. J’ai 18 ans, j’ai l’impression d’être le maître du monde, rien ne m’atteint, je suis jeune, belle (ça dépend des jours) et libre.

Novembre 2013 – Dans quatre jours, je commence mon tout premier stage. En neurochirurgie. Oui, le service de
Derek Shepherd dans Grey’s Anatomy. Oui le cerveau, la moelle épinière, le système nerveux, tout ça. Partout
autour de moi on me dit « Mais c’est super, tu vas t’éclater », on m’envie presque. Je souris, je suis confiante, pressée. Je bois les paroles de ces gens, pire même, je les crois de tout coeur. Dans quatre jours, je vais dans le service de neuro et je suis comme un enfant à la veille de Noël.

Et puis ce fameux jour arrive. Anxieuse, il faut l’avouer tout de même, j’entre dans l’hôpital. C’est immense, des dizaines d’étages, de services. Partout, des gens qui courent, des patients qui attendent, d’autres qui marchent, qui parlent, qui sont là tout simplement. Je me rends dans ce service. Je me présente. Oui oui c’est moi, Camille, l’étudiante infirmière qui commence son stage aujourd’hui. On m’indique où me changer, on se présente à moi. Cadre, aide(s)-soignant(e)s, infirmier(e)s, médecins, internes et j’en passe… On m’explique ce qu’on fait exactement ici, le profil des patients. Et puis la première journée se termine. Oui oui c’était bien, j’aime bien. Le lendemain et puis le jour d’après aussi c’était bien, j’aimais bien. Cette fois-ci, la réalité du terrain va me mettre une claque. Ici, les patients sont en train de mourir.

Le troisième jour, je change d’étage. Toujours le service de neuro mais cette fois-ci, la réalité du terrain va me mettre une claque. Ici, les patients sont en train de mourir. C’est le matin, l’équipe effectue les transmissions. Je lis ma feuille, mes doigts tremblent légèrement, ma gorge se serre. Hémorragie méningée, tumeur cérébrale, traumatisme crânien, anévrismes, trachéos, coma, soins palliatifs. Des tas de mots qui font peur s’enchaînent. Et puis… Il y a cette patiente. Je ne l’ai encore jamais vue. Mais cette patiente a déjà changé ma vie sans que je m’en rende vraiment compte. Du fait de son jeune âge comparé aux autres patients, du fait de la longueur des transmissions écrites pour elle, du fait des mots effrayants qui la décrivent. Je n’entends plus rien autour de moi, mes yeux et mon esprit restent bloqués sur ce nom, sur cet âge, sur ces mots compliqués et moches. Des mots qui riment avec la souffrance, la maladie et la mort. J’ai déjà envie de pleurer. Stop Camille, reprends toi, c’est le métier, c’est comme ça. La tournée commence, je suis une infirmière assez froide. Je prends la tension, la température… Et puis, nous voilà devant cette porte. Chambre numéro 15, il y a une baleine bleue en guise de… décoration. La porte est fermée, mais je sais exactement quelle patiente se trouve dans cette chambre, dans ce lit. Les battements de mon coeur s’accélèrent, je serre les poings, je respire un bon coup et suis l’infirmière qui pousse la porte. C’est à cet instant précis que tout a changé. Que Camille n’était plus Camille. Je l’ai vue dans son
lit, le regard perdu, la trachéo, des fils partout. Impossible de parler, de répondre… Juste des larmes lorsqu’on s’approchait d’elle. Des larmes et de l’effroi au fond des yeux. L’état pauci-relationel, ils appellent ça comme cela. Moi j’appelle ça le cauchemar. Je ressors de cette chambre les larmes qui menacent de couler, une douleur poignante au fond de l’estomac. Quelque chose s’est brisé ce matin là. Quelque chose qui n’est toujours pas réparé presque neuf mois après.

Les jours sont passés, je suis restée dans ce service où la mort et la souffrance étaient partout. Elles
imprégnaient les murs, la peau, les gens… Autour de moi on me disait ça doit être génial ce stage, c’est comme dans Grey’s Anatomy, Dr House, Urgences. Oui oui c’est super, j’adore. J’assurais à toutes ces personnes avec un sourire faux que oui, ça se passait bien. Que mon premier stage, c’était le top. Mais la vérité était bien loin. La vérité c’est que je rentrais chez moi en larmes tous les soirs, la vérité c’est que je trouvais un appartement vide tous les soirs, que faire à manger, lire un livre, réviser, sortir m’était totalement impossible. Je ne dormais plus. Cauchemars incessants, insomnies… Et chaque matin, quand le réveil sonnait à 5h30, il fallait se lever, même après une nuit sans sommeil, même après une nuit de larmes et de peur. Il fallait se lever et y retourner. Épuisement, angoisse, peur… L’insouciance du monde étudiant, de la nouvelle vie, de l’indépendance, tout ça, tout ça.. envolé.

Les semaines de 45 heures m’ont tuée. Tous ces patients en train de mourir m’ont tuée. Cette infirmière qui m’a dit un jour que j’étais « nulle » m’a tuée. Le chaos qui régnait dans cette équipe et dans ce service m’a tuée. Ces infirmières qui pleuraient d’épuisement m’ont tuée. Ces nuits sans trouver le sommeil m’ont tuée. Ce silence que je gardais m’a tuée.Culpabilité, épuisement, douleur, angoisse, peur, tristesse… Des milliers de sentiments se bousculent en moi. Fin de la troisième semaine de stage. Vendredi, une formatrice de l’école vient me voir. On s’assoit, elle me demande comment cela se passe. Je tente un sourire, un sourire de travers, comme un vieil objet qu’on auraittenté de rafistoler un bon paquet de fois. J’essaie de raconter, de tourner ça à l’utopie mais ma gorge se serre deplus en plus, ce sourire hypocrite m’épuise alors je craque. Un flot de larmes s’écoule, encore une fois depuistrois semaines oui… Mais la première fois devant quelqu’un. Alors je dis que je n’en peux plus, que je suis épuisée. Et bla-bla-bla qu’elle me répond, il faut s’accrocher, ça va aller. C’est normal c’est un service difficile. J’acquiesce, je me tais. Je la crois. Non pardon, je fais semblant de la croire.

Le lendemain, le samedi 23 novembre, je suis d’après-midi. Je commence la tournée avec cette infirmière sympathique, la seule à qui j’ai pu parler de cette patiente. Et puis en parlant de cette dernière… Pour la première fois depuis trois semaines, je me trouve à nouveau devant la porte de sa chambre. Devant ce 15 et cette baleine bleue. L’infirmière me demande si ça va, si tu préfères m’attendre devant la porte tu peux. Je la regarde, je regarde la porte, le 15 et cette baleine bleue. Puis je ne vois plus rien. Tout est trouble autour de moi. Je pleure. Une habitude maintenant. Mais je pleure devant un service entier, devant une équipe, devant le papa de cette patiente. Culpabilité, épuisement, douleur, angoisse, peur, tristesse… Des milliers de sentiments se bousculent en moi. La blouse blanche que je porte sur moi ne me protège pas. Combien de fois m’a t-on dit Quand tu mets la blouse, tu n’es plus Camille tout court, tu es Camille l’étudiante infirmière, tu dois laisser tes soucis et tout le reste au vestiaire. Tu parles. Ce jour-là, la Camille tout court, la Camille de 18 ans pleine d’insouciance et un tantinet trop sensible n’est pas restée au vestiaire. Elle s’est mélangée à la Camille étudiante infirmière. Et elles se sont écroulées toutes les deux en plein couloir d’un hôpital, sous le regard de dizaines de personnes. Le lendemain, un dimanche, je n’ai pas réussi à sortir de mon lit, pas réussi à m’habiller, prendre le tram et retourner dans cet hôpital, dans ce cauchemar. Un coup de fil au premier médecin de garde trouvé. J’ai mal au ventre, j’ai vomi aujourd’hui, je ne peux pas aller en stage il me faut un certificat s’il vous plaît. Bien sûr, c’est faux. Mais je ne peux pas. Je ne peux pas dire que je voudrais me jeter sous ce tram ou du 13ème étage de l’hôpital. Je ne peux pas dire Je suis presque morte, aidez-moi, ça n’a pas de sens. Et puis j’ai 18 ans, c’est jeune. C’est le bel âge. On ne tombe pas plus bas que terre, dans ce gouffre à cet âge là. Tas de conneries dont j’ai voulu me persuader. Quelques médicaments à base de plantes pour mieux dormir, un certificat et je rentre chez moi.

Le lundi, je me rends à l’école pour donner ce fameux papier qui pour moi était comme une libération.
Arrêtée. Arrêtée pour deux jours. Dimanche et lundi. Pourtant ce lundi, après l’école j’avais prévu d’y retourner. Car il le fallait. Je devais. Dans ce secrétariat, j’ai rencontré une formatrice. Bonjour Camille! Comment allezvous ? c’était une simple question banale vous allez me dire. Mais en réalité c’était une main qu’on me tendait, une issue de secours, une corde qui pouvait peut-être me ramener à la vie. Alors je l’ai attrapée, je l’ai attrapée de toutes mes forces, du moins avec la force qu’il me restait. Oui. Je me suis écroulée ce lundi devant cette formatrice. Des larmes, des larmes et encore des larmes. Venez on va parler. Qu’est-ce qui ne va pas ? Je n’en peux plus. C’est tout. Je n’en peux plus.

Mardi, mercredi, jeudi, vendredi… Les jours se sont enchaînés. Je ne suis jamais retournée dans ce service. Je n’ai rien dit à personne. Je n’ai pas raconté le cauchemar, je n’ai pas raconté les larmes, les insomnies, l’isolement, la peur, l’angoisse, la douleur, le noir omniprésent, la solitude, l’insécurité. Je n’ai rien dit. Je ne suis pas retournée dans ce service mais l’enfer était loin d’être fini. Il ne l’est toujours pas neuf mois après d’ailleurs. Je m’appelle Camille, j’ai maintenant 19 ans et je redouble ma première année. Ce n’est pas une tare, ni un échec. Je vais très certainement remettre les pieds dans un hôpital et je dois avouer que cela me donne une peur bleue. Pire même. Comme une phobie… Ce stage a tout changé. Il m’a changée. Il a brisé quelque chose au fond de moi et je ne pourrais sûrement jamais le réparer entièrement.

Avec ce message, je ne cherche pas une quelconque compassion, des messages d’encouragements ou quoi que ce
soit du genre. Je voudrais juste laisser une trace de ce qu’il s’est passé ce mois de novembre 2013. Certaines personnes n’ont pas réellement compris, je ne leur en veux pas. A vrai dire, moi non plus je n’ai pas bien compris ce qu’il m’arrivait. Je sais seulement qu’encore aujourd’hui, je suis loin d’être guérie et que non, ce n’est pas comme dans « Grey’s Anatomy, Dr House ou Urgences ». C’est bête et puéril d’avoir pensé ça mais j’avais 18 ans, je n’y connaissais rien. J’étais jeune, insouciante et pleines de rêveries. C’est toujours le cas, mais différemment. Toujours le cas mais différemment…

 

Jamais un témoignage n’a résonné en moi aussi fort.
Je pense que chacun et chacune à notre façon nous avons été Camille.

Alors je vous en prie, OSEZ! Osez parler, même si « c’est bête mais… », même si « c’est être faible de… ».
À la fin d’une journée, il n’y a que vous alors autant que vous soyez en paix avec vous même et les autres.

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« Nous sommes des monstres formidables »

Au cours de la première année on doit effectuer deux stages, un en médecine (ou chirurgie) et un en gériatrie.

Je vais pas vous mentir en vous disant que j’y suis allée le cœur remplit de joie. La gériatrie en général c’est beaucoup de routine, une charge de travail importante, le spectre de la mort en fond mais c’est également un endroit où l’on fait de belles rencontres avec des personnes qui nous font partager des bouts de leurs vies, leurs expériences.

Le service où j’ai fait mon stage respirait le surmenage et le burn out en dormance.
La supervision étudiante était proche du zéro absolu. J’étais là plus pour faire un boulot d’aide soignante que pour me familiariser avec les techniques infirmières nouvellement apprises.

Dans ce service, il y a autant de patient qui sont là pour une durée déterminée que pour une durée indéterminée.
Il y a ceux qui sont valides et dynamiques et ceux que l’on doit assister pour chaque geste du quotidien.
Il y a ceux qui parlent, qui parlent même beaucoup et les mutiques.
Il y a aussi ceux qui sont en état de démence avancée, agités et deviennent un danger pour eux-même.

Il y a ce patient qui est à risque de chute +++, comme on dit.
Les barrières de lit, il les enjambe.
La chaise gériatrique, il glisse au fond.

Vient alors le moment d’envisager une méthode de contention.
En Belgique, sur le papier, la contention est un acte infirmier qui ne nécessite pas de prescription médicale. Même si en interne la décision est prise en collaboration avec le médecin et le statut est réévalué toutes les 24 heures.

Dans le cas présent, c’est la ceinture abdominale qui a été préconisée lorsque le patient est au lit et un harnais lorsqu’il est sur la chaise.

Après le déjeuner, avec un autre stagiaire de l’unité, on est allé remettre le-dit patient au lit pour la fameuse sieste post-prandiale. Le transfert se fait sans encombre et vient le moment de remettre au patient les contentions.
Le patient nous supplie de ne pas l’attacher, il appelle au secours, se débat.
J’essaie de lui expliquer les raisons de cette mesure, sa sécurité étant la principale. Il ne veut rien entendre et se met à gémir, pleure en demandant pourquoi on lui fait ça.
On arrive néanmoins à mettre en place la contention, en essayant au mieux de rassurer le patient.

En sortant de cette chambre, en entendant le patient pleurer, je me suis tournée vers mon collègue et je lui ai dit : « J’ai l’impression d’être un monstre ».
On a beau se dire que c’est justifié et que cela est dans le meilleur intérêt du patient, on en revient quand même au fait que l’on attache quelqu’un et cela se fait la plupart du temps contre la volonté du patient qui n’est plus assez lucide pour comprendre les implications d’un tel dispositif.

Alors oui je peux vous le dire, nous sommes des monstres formidables.

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« Stagiaires, passion pique assiette »

En règle générale lorsque tu arrives en stage dans un service il y a un temps d’adaptation où tu tâtes le terrain pour voir le type de relation que tu dois avoir avec tes nouveaux collègues.
Il y a ceux qui sont à la cool et tutoies directement annonçant la couleur tout de suite.
Ceux qui exigent la bise matinale à tous les intervenants (vu sur le terrain).
Les très professionnels où la relation est diplomatique avec vouvoiement de rigueur.
 Bref ! Il faut une bonne qualité d’adaptation.

Durant mon stage en neurologie, l’ambiance était vraiment détendue, on a vite été intégrés.
Très très vite même.

Un jour au cours de notre première semaine de stage, je passe ma matinée avec une aide-soignante que j’assiste pour les divers soins à prodiguer.
C’est alors qu’elle m’annonce « C’est mon dernier jour aujourd’hui à moi la pension ! »
C’est la première fois que je la vois et travaille avec elle et elle me dit tout de go « Je fais un pot de départ à 13h je vous y attends tous ! »

On se réunit avec les stagiaires et on se dit que quand même c’est un peu abusé de venir à un pot de départ de quelqu’un que l’on ne connait pas alors que l’on est là que depuis 2-3 jours.

On part donc à notre pause de midi quand une infirmière nous hèle au loin « Vous remontez à 13h hein, pour le pot de départ ! »
Bon apparemment on nous veut absolument à ce pot.
Soit on sera là !

À 13h tapantes on arrive en salle des familles qui a été relookée pour l’occasion, ballons et buffet garni.
Après un joli discours de la future pensionnée, on enchaine sur un discours des collègues qui est très touchant.
Et là c’est le top départ, le chef de service fait péter le champagne et tout le monde se rue sur le buffet.
Face à ça, nous, stagiaires, on sirote notre jus, en grappillant 2-3 amuse-gueule en se sentant coupable car pendant ce temps il n’y a personne pour s’inquiéter des patients (loin d’être très sérieux tout ça).
Le chef nous fait râler en nous proposant du champagne tout en disant qu’on est des petits stagiaires bien sages.
La seule qui trouve à redire c’est l’assistante sociale qui trouve ça scandaleux qu’on n’en foute pas une.
Autant vous dire que notre après-midi de travail passa très vite.

Comme quoi dans certain service on est vraiment bien accueillit.

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« Avant de juger il faut savoir écouter »

Il y a cette patiente en neurologie qui amorce une inversion de son rythme de sommeil.
Somnolente et peu réactive la journée.
Bruyante et intenable la nuit.

Tous les matins au staff les infirmières de nuit se plaignent du fait qu’elle sonne sans arrêt, cogne avec ses bijoux contre les barres de lit, dérangeant donc tout le service.
Je m’occupe d’elle quasiment tous les matins, on apprend à se connaitre et au final on s’entend plutôt bien.

Et tous les jours ça continue, les « on ne sait plus quoi faire », « les calmants ne marchent pas » pleuvent.

Et un jour comme ça au hasard lorsque je m’occupe d’elle, elle me dit sous le ton de la confidence « L’infirmière de nuit, là, je l’aime pas trop, j’ai peur la nuit ici, j’ai des angoisses qui viennent. »
Voilà comment d’une manière douce le mystère de l’inversion de rythme fut résolu.
Cette façon de poser un jugement comme quoi elle est juste pénible de base alors qu’elle a seulement peur la nuit. On peut la comprendre tous ses bruits, le noir, la maladie, ça ferait peur à n’importe qui.

Être à l’écoute des patients est primordial et parfois on l’oublie.

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« Quand le chat n’est pas là les souris dansent »

Durant mon stage en neurologie, j’ai eu la chance de voir comment se planifie une
journée, comment les tâches se distribuent lors du staff du matin.
Bref, j’ai pu voir ce qu’être infirmier chef veut dire.
Mieux ! J’ai même pu voir comment les choses se passaient quand le chef
partait en vacances.

Autant vous dire qu’en temps normal ça file droit, personne trouve à redire
sur la répartition du couloir. FINGER IN THE NOSE !
Et c’est le drame !
Le chef part en vacances.
Au préalable il désigne pour chaque jour un
« chef » comme ça tout le monde y trouve son compte.

J+1 : rien à signaler tout se passe bien.
J+2 : on commence à râler « que c’est pas normal qu’il y ai trois
infirmières devant et que deux derrière » et vas-y que j’te fais la
gueule.
J+3 : level Bagdad.
J+4 : mise au point en interne.
J+5 : le calme revient.

Deux jours il aura fallu deux jours pour que les gonzesses commencent à se
bouffer la gueule et à contester à tout va au staff du matin !

Note to self n°1 : un chef masculin ça unifie tout, ça gère son bateau et
son harem.
Note to self n°2 : travailler avec des femmes c’est fatiguant.

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« Les kinés sont nos amis »

Les kinés sont les intervenants les plus récurrents dans un service au même titre
que les médecins, aides-soignants et infirmiers.
Le kiné est gentil, doux, bourré d’humour et il te file plein d’astuces pour
pas ruiner ton dos.

Pendant mon stage en neurologie il y avait ce kiné qui au fond me rappelait quelqu’un, cette
sensation de déjà-vu.
Jour après jour, je me creuse les méninges, son côté grand pédagogue, ses
lunettes. MERDUM ! Ça ne me revient pas.

Et là vient le jour de l’illumination, durant les soins du matin avec une de
mes patientes favorites, on parle de tout est de rien, de son chat au nom
improbable, du beau temps (tout est relatif).
Elle me fait remarquer que son calendrier n’est pas à jour, c’est ça fille qui
lui a offert et elle voudrait bien lui montrer qu’elle l’utilise.
Je m’exécute tourne la page du calendrier et là BOUM ! La révélation.
La patiente me regarde, je la regarde.
Et je lui dis « On dirait pas Monsieur Le Kiné ? »
« Oh mais oui ! Mais c’est lui ! »

Jamie de « C’est Pas Sorcier ».
Ton sosie est en neurologie.

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« Les lendemains de soirée ou comment couvrir ses amis stagiaires »

Les joies d’habiter sur un campus universitaire sont multiples :
-proximité de l’école/fac
-coin de verdure
-foule cosmopolite
-petites épiceries
-les soirées étudiantes

Bon les quatre premiers points sont biens, pratiques, tout ça tout ça.
Mais revenons sur le point numéro cinq.
Ayant pratiqué, hum, bon pratiquant toujours ce genre de soirées, ça va vite, très vite, trop vite.
Autant dire les lendemains sont rudes, très très rudes.

Il est donc logique de planifier ses soirées en fonction du planning du jour suivant.
Tu ne vas pas te coucher en mode 4×4 (à quatre heures du matin et à quatre pattes) en sachant que le lendemain tu dois pointer à l’hosto à sept heures tapantes.
Tout ça c’est la théorie et puis il y a la pratique.

Il y a cette stagiaire (baptisée qui plus est) qui est tombée dans un guet-apens tendu par ses chers confrères et consœurs. Ils n’ont donc pas aidé à sauvegarder sa sobriété lors de cette soirée.

Le lendemain matin en question, je retrouve ma collègue, le regard embué, le cheveu en bataille. Je lui demande donc ce qu’il a bien pu se passer. Et là, le drame. Elle me regarde, sourit et me lance : « J’suis encore rée-bou ».

BONJOUR ! IL EST 7H, LE SOLEIL BRILLE, LES OISEAUX CHANTENT (PRESQUE).
La journée promettait d’être, comment dire, intéressante.

C’est donc avec l’aide des autres stagiaires que nous avons fait son boulot pendant qu’elle se donnait l’air affairé dans les différents recoins de l’unité.

L’entre-aide c’est beau.

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« Tu vas nous le chouchouter comme d’habitude »

Il y a différents types de patients : ceux qui se laissent faire sans poser de
questions, ceux qui posent deux trois questions histoire de savoir en gros ce
qui va se passer et il y a ceux qui veulent tout savoir, tout voir, tout gérer
comme ils le veulent.

Toi tu étais de ceux-là.
Tu sonnais pour un oui pour un non. Ton problème d’élocution n’aidait pas, ton
côté pinailleur était exacerbé et tu avais tendance à exaspérer le personnel
soignant.

Moi je suis arrivée au bon moment, un mois que tu étais là à faire tourner en
bourrique tout le service, pourquoi ne pas te laisser aux mains de cette
gentille stagiaire pleine de patience et de compréhension ?

C’est comme ça qu’au fil des jours j’ai remarqué que bizarrement mon
affectation au début de couloir semblait de plus en plus définitive.

J’ai été patiente avec toi, j’ai tenté de comprendre tes questions, d’y
répondre.
Mais même avec toute la volonté du monde tu m’as également exaspérée, fatiguée.

Quand on refait ton pansement que tu demandes à voir avec un miroir admettons,
mais que tu viennes dire à cette étudiante de 2ème année que
« non la boucle de sécurité il ne faut pas la faire comme ça »
c’était de trop, elle fait tout de même selon ton idée, quitte la chambre. Et
hop tu sonnes annonçant que « ah non ce n’est pas comme ça non
plus ». La goutte qui fait déborder le vase et qui confirme ton statut de pinailleur.

Je me suis occupée de toi en faisant au mieux, en restant calme et en
comprenant qu’être hospitalisé ce n’est pas facile, c’est inquiétant et que
c’est ta manière de contrôler un peu ce qui se passe autour de toi.

Je me souviendrais toujours du sourire entendu de l’infirmier chef qui lors de
la répartition du matin me dit : « Monsieur Pinailleur, tu vas nous
le chouchouter comme d’habitude. »

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« Les aides-soignants sont tes amis (mais pas tous) »

Quand tu es en stage, qui plus est lors de ton premier stage, on te colle souvent
dans les pattes d’un aide-soignant que tu assistes toute la matinée.

Alors des fois tu tombes bien et tu apprends plein de petits trucs et
astuces :

« Alors pour les bas de contention tu les retournes et les enfiles jusqu’à
la cheville tu tires et hop ! »
Merci à cette aide-soignante qui a sauvé mes ongles et m’a évité de massacrer
les jambes de mes patients.

« Pour raser c’est simple il faut bien tendre la peau et faire attention
au sens du poil »
Merci à toi cher aide-soignant qui a sauvé mes patients d’un probable tranchage
de carotide dans les règles.

« N’oublie jamais l’alèse ouatée ça peut te sauver ton alèse tissus du
dessous ! »
J’ai bien noté !

J’en passe et des meilleurs !

Et puis il y a les autres…

Celles (et ceux) qui te prenne pour un larbin (oui le mot et fort) qui te dise
tout sourire « va voir le 375 il a mouillé son lit » et pendant que
tu t’y mets, elle, elle va boire tranquille son café, glander et vient après te
dire que c’est mal fait.

Bon, ça reste (je l’espère) ponctuel mais ça peut très vite devenir oppressant
de voir que le « sale » (avec des grands et bien gros guillemets)
boulot c’est pour les stagiaires parce que bon ils sont là, c’est le rite de
passage.

Nous ne sommes pas payés, vous l’êtes et en plus on fait votre boulot. Je crois
bien que ça résume bien  l’expression
« payer à rien foutre ».

Oui, les stagiaires doivent apprendre, oui, à leur premier stage ils ne savent
pas faire grand-chose mais cela ne constitue pas des raisons nécessaires et
suffisantes pour qu’on abatte votre boulot et tout ça avec le sourire !

On vous respecte alors respectez nous !

Bisous

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« Projet, quel est ton projet ? »

Avant de vous raconter cette petite anecdote, ile me faut d’abord vous expliquer quelques concepts.

En Belgique, lorsqu’un patient est hospitalisé il faut définir et « choisir » en concertation avec le médecin et la famille le projet thérapeutique adapté au patient.

En bref, par défaut tout patient est en projet 1, peut s’en suivre alors une « mise à jour » de ce statut en fonction du diagnostic, de l’évolution du patient, des choix de la famille.

Projet 1 : c’est du curatif, si le patient décide de calencher on fera tout pour le remettre sur les rails.

Projet 2 : ça reste du curatif mais si le patient vient à oublier de respirer il n’y aura pas de mesures héroïques de déployer.

Projet 3 : c’est que du confort, on ne peut rien faire de plus que garantir une bonne qualité de fin de vie.

Ceci étant dit, revenons à nos moutons.

Durant mon stage en neurologie, j’ai du m’occuper d’un patient pas facile dans le sens que pour un premier stage c’est assez « lourd » à affronter et à gérer.

Coma, trachéo mais respire seul, j’en passe et des meilleures.

Etant donné que j’ai eu durant mon stage à m’occuper que du début du couloir (once you go there you never come back) et que ce patient s’y trouvait j’ai eu le loisir de mieux comprendre les raisons de sa venue, les problèmes récurrents, les décisions dures à prendre.

Ce patient à proprement parlé il ne devrait pas être là, mauvais timing, faute à pas de chance.

Venu faire un examen dans un hôpital voisin il en est ressorti dans le coma, il y a des choses qui ne sont pas logiques à première vue. Et puis vient le diagnostic, abcès au cerveau.

Les choses se présentent relativement mal, l’opération n’a pas l’air d’être envisagée (peut-elle seulement être faisable ?), les choses piétinent voire même s’aggravent.

Aux yeux de tout le service ce patient devrait passer en projet 2 mais il faut en convaincre sa femme.

Femme qui, quand je la rencontre pour la première fois me donne l’impression d’être un fantôme, pâle, maigre à l’extrême. Et là je comprends, je comprends pourquoi elle ne veut pas prendre cette décision, elle vit, survit, au rythme de son mari. Le passer en projet 2 serait un pas trop grand à faire pour elle, un chiffre qui change tout, pour lui mais surtout pour elle.

Les médecins tentent de la raisonner, les infirmiers du service se désolent face à son refus de changer ce tout petit chiffre qui signifie tout pour elle, qui montre que l’espoir est permis.

Elle n’a pas changé d’avis et je crois qu’elle ne le fera peut être jamais.

C’est fou ce qu’un chiffre peut signifier.

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