Archives Mensuelles: mars 2013

« Projet, quel est ton projet ? »

Avant de vous raconter cette petite anecdote, ile me faut d’abord vous expliquer quelques concepts.

En Belgique, lorsqu’un patient est hospitalisé il faut définir et « choisir » en concertation avec le médecin et la famille le projet thérapeutique adapté au patient.

En bref, par défaut tout patient est en projet 1, peut s’en suivre alors une « mise à jour » de ce statut en fonction du diagnostic, de l’évolution du patient, des choix de la famille.

Projet 1 : c’est du curatif, si le patient décide de calencher on fera tout pour le remettre sur les rails.

Projet 2 : ça reste du curatif mais si le patient vient à oublier de respirer il n’y aura pas de mesures héroïques de déployer.

Projet 3 : c’est que du confort, on ne peut rien faire de plus que garantir une bonne qualité de fin de vie.

Ceci étant dit, revenons à nos moutons.

Durant mon stage en neurologie, j’ai du m’occuper d’un patient pas facile dans le sens que pour un premier stage c’est assez « lourd » à affronter et à gérer.

Coma, trachéo mais respire seul, j’en passe et des meilleures.

Etant donné que j’ai eu durant mon stage à m’occuper que du début du couloir (once you go there you never come back) et que ce patient s’y trouvait j’ai eu le loisir de mieux comprendre les raisons de sa venue, les problèmes récurrents, les décisions dures à prendre.

Ce patient à proprement parlé il ne devrait pas être là, mauvais timing, faute à pas de chance.

Venu faire un examen dans un hôpital voisin il en est ressorti dans le coma, il y a des choses qui ne sont pas logiques à première vue. Et puis vient le diagnostic, abcès au cerveau.

Les choses se présentent relativement mal, l’opération n’a pas l’air d’être envisagée (peut-elle seulement être faisable ?), les choses piétinent voire même s’aggravent.

Aux yeux de tout le service ce patient devrait passer en projet 2 mais il faut en convaincre sa femme.

Femme qui, quand je la rencontre pour la première fois me donne l’impression d’être un fantôme, pâle, maigre à l’extrême. Et là je comprends, je comprends pourquoi elle ne veut pas prendre cette décision, elle vit, survit, au rythme de son mari. Le passer en projet 2 serait un pas trop grand à faire pour elle, un chiffre qui change tout, pour lui mais surtout pour elle.

Les médecins tentent de la raisonner, les infirmiers du service se désolent face à son refus de changer ce tout petit chiffre qui signifie tout pour elle, qui montre que l’espoir est permis.

Elle n’a pas changé d’avis et je crois qu’elle ne le fera peut être jamais.

C’est fou ce qu’un chiffre peut signifier.

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